Douces fleurs
Le poète chante souvent
- Car il aime suivre les modes -
La nature, la mer, le vent,
Comme une histoire en épisodes.
Il adore parler de fleurs
Dans sa rengaine favorite ;
En se moquant de ses douleurs,
Il effeuille la marguerite.
Dans les prés tout neufs, au soleil,
Froissant les tiges d'émeraude,
Il vient rechercher le sommeil
Ou la rime qui marivaude.
C'est un hymne à leur majesté,
À leurs douleurs, à leur tendresse,
À leur fragile nudité
Devant l'automne et sa caresse.
Mais le poète ne sait pas
La douceur de leur violence,
La cruauté d'âpres combats
Dans le chaos de leur silence.
Il ne peut rien apercevoir
De leurs batailles éphémères...
Lorsque vient le temps des pouvoirs
Le fossé ressemble à nos guerres !